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Ce qui se passe concrètement

Quand un fonctionnaire ne peut plus exercer ses fonctions pour raison de santé, l'administration doit suivre un ordre précis, du moins au plus radical :

  1. Aménager le poste : horaires, tâches, équipement, télétravail — sur préconisation du médecin du travail (ou médecin de prévention).
  2. Affecter sur un autre emploi du même grade, compatible avec l'état de santé.
  3. Reclasser dans un autre corps ou cadre d'emplois, le cas échéant après une période de préparation au reclassement (PPR).
  4. Si rien n'est possible : disponibilité d'office (inaptitude temporaire), puis retraite pour invalidité pour le titulaire définitivement inapte à toutes fonctions — ou licenciement pour inaptitude physique pour le contractuel.

L'inaptitude est constatée par le conseil médical (et, selon les cas, après expertise d'un médecin agréé) — pas par un « avis d'inaptitude » du médecin du travail comme dans le privé. Le médecin du travail intervient, lui, sur la compatibilité du poste et les aménagements.

Le délai : n'attendez pas la fin de vos congés maladie

Le sujet du reclassement doit être anticipé pendant le CLM ou le CLD, pas découvert à l'épuisement des droits. Demandez une visite auprès du médecin du travail de votre administration dès que vous sentez que la reprise sur votre poste sera difficile. Quand le conseil médical constate l'inaptitude définitive aux fonctions, l'administration doit vous inviter à présenter une demande de reclassement — et vous proposer la PPR si vous êtes titulaire.

La période de préparation au reclassement (PPR)

La PPR est le dispositif central, créé en 2018 et étendu depuis : une année pour construire un nouveau projet professionnel sans perte de rémunération.

  • Durée : un an maximum. Elle peut prendre fin avant si vous êtes reclassé.
  • Rémunération : vous conservez votre plein traitement. La période compte comme du service effectif : avancement, retraite et congés continuent de courir.
  • Contenu : formations, périodes d'observation, mises en situation professionnelle — dans votre administration ou dans une autre (y compris un autre versant), via convention.
  • La convention : un projet de convention entre vous, votre employeur (et le centre de gestion en territoriale) définit le contenu et le calendrier. Elle doit être signée au plus tard deux mois après le début de la PPR ; sans accord de votre part dans ce délai, la PPR prend fin.
  • Point de départ : la PPR peut commencer pendant vos congés maladie si vous le demandez, ce qui évite un « trou » entre la fin des droits et le reclassement.

Refuser la PPR

La PPR est un droit, pas une obligation : vous pouvez la refuser. Vous devez alors présenter directement une demande de reclassement. Attention : refuser la PPR sans demander le reclassement vous place en position fragile (disponibilité d'office à l'épuisement des congés, puis retraite pour invalidité ou licenciement selon votre statut).

Le reclassement lui-même

Le reclassement se fait par détachement dans un autre corps ou cadre d'emplois (puis intégration), ou par recrutement direct, y compris dans un grade inférieur — avec, dans ce cas, des mécanismes de maintien de la rémunération à vérifier selon votre versant. L'administration n'a pas d'obligation de résultat, mais une obligation de moyens sérieuse : elle doit rechercher les postes disponibles et, si elle n'en trouve pas, être en mesure de justifier par écrit de cette impossibilité. Un refus de reclassement non motivé ou une recherche de façade se contestent devant le tribunal administratif.

Vous pouvez refuser un poste de reclassement proposé, mais des refus successifs de postes compatibles avec les préconisations médicales affaiblissent vos recours ensuite.

Montants : ce que vous percevez à chaque étape

Étape Rémunération
Congés maladie (CMO/CLM/CLD) selon le congé — voir durées et rémunération
PPR plein traitement
Reclassement traitement du nouvel emploi (dispositifs de maintien possibles)
Disponibilité d'office pas de traitement — voir les ressources possibles
Retraite pour invalidité pension calculée sans décote — voir le calcul

Titulaires et contractuels : deux sorties très différentes

  • Titulaire définitivement inapte à toutes fonctions, non reclassable : retraite pour invalidité, à tout âge, après avis du conseil médical — jamais de licenciement pour inaptitude physique (sauf cas très particuliers de fonctionnaires sans droit à pension).
  • Contractuel : après recherche de reclassement infructueuse, l'employeur public peut prononcer un licenciement pour inaptitude physique définitive, avec indemnité de licenciement et droit au chômage — voir la page contractuels.
  • Stagiaire : licenciement pour inaptitude physique possible, avec des droits réduits — faites vérifier votre dossier.

Le recours

Chaque décision de ce parcours (refus de PPR, refus de reclassement, placement en disponibilité d'office, mise à la retraite d'office) est un acte administratif contestable : recours gracieux, puis recours devant le tribunal administratif dans les deux mois de la notification. L'avis du conseil médical lui-même se conteste selon des voies propres — voir contester un avis du conseil médical.

Ce que dit la loi. Le reclassement du fonctionnaire inapte et la période de préparation au reclassement sont régis par les articles L. 826-1 à L. 826-11 du Code général de la fonction publique, complétés par les décrets propres à chaque versant (décret n° 84-1051 pour l'État, n° 85-1054 pour la territoriale, n° 89-376 pour l'hospitalière, modifiés). L'obligation générale d'emploi compatible avec l'état de santé découle des articles L. 115-1 et suivants du même code.

La PPR est-elle réservée aux titulaires ?

Elle a été conçue pour les fonctionnaires titulaires (et étendue aux stagiaires dans certains cas). Les contractuels n'y ont pas droit, mais bénéficient de l'obligation de reclassement avant tout licenciement pour inaptitude — voir contractuels.

Peut-on me reclasser d'office sans mon accord ?

Non pour le changement de corps : le reclassement suppose votre demande. En revanche, l'administration peut, après un entretien, vous proposer des emplois par détachement même sans demande de votre part, et l'absence de toute démarche de votre côté peut conduire à la disponibilité d'office puis à la retraite pour invalidité.

Mon employeur ne me propose rien depuis des mois. Que faire ?

Écrivez pour demander formellement le bénéfice de la PPR ou un reclassement, en rappelant l'avis du conseil médical. Sans réponse sous deux mois, le silence vaut décision implicite de rejet, attaquable au tribunal administratif. Un avocat en droit public peut aussi engager la responsabilité de l'administration pour carence.

Que devient mon demi-traitement en attendant une décision ?

À l'épuisement des droits à congé, tant que l'administration n'a pas statué (reclassement, disponibilité, retraite), le demi-traitement est maintenu et reste acquis même si la décision est rétroactive.

Pour aller plus loin

Qui peut vous accompagner dans cette situation

Aucune de ces démarches ne se fait seul. Selon ce que vous cherchez — un avis médical, une aide sociale, un appui dans l'entreprise ou un conseil juridique — voici à qui vous adresser.

  • Le médecin du travail — à votre demande, à tout moment, sans que l'employeur en connaisse le motif. Il est le seul à pouvoir proposer des aménagements ou constater une inaptitude. Trouver votre service.
  • Votre médecin traitant — il prescrit l'arrêt, le temps partiel thérapeutique et peut demander la visite de pré-reprise.
  • L'assistante sociale — celle de la CARSAT, de votre service de santé au travail ou de l'entreprise : ressources pendant l'arrêt, dossiers CPAM, invalidité, maintien en emploi.
  • Cap emploi et la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle — pour garder ou retrouver un emploi compatible avec votre santé (RQTH, aménagements, reconversion).
  • Les représentants du personnel (CSE) et les syndicats — un appui dans l'entreprise, et un défenseur syndical peut vous assister gratuitement devant le conseil de prud'hommes.
  • L'inspection du travail — pour signaler un manquement de l'employeur (visite non organisée, restrictions ignorées, danger).
  • Un avocat en droit du travail — pour contester un avis, un licenciement ou un solde de tout compte. Une première consultation gratuite existe dans les maisons de justice et du droit et dans de nombreux barreaux ; l'aide juridictionnelle peut prendre en charge les honoraires.