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Un arrêt maladie n'est pas un temps libre : c'est un temps de soins, financé par la collectivité et éventuellement par l'employeur. La contrepartie est stricte : interdiction d'exercer une activité non autorisée — salariée, indépendante, et parfois même bénévole. Voici où passe la ligne.

La règle : aucune activité non autorisée

L'article L.323-6 du Code de la sécurité sociale subordonne le versement des indemnités journalières au respect de plusieurs obligations, dont celle de s'abstenir de toute activité non autorisée par le médecin prescripteur. « Activité » s'entend largement : un travail rémunéré, évidemment, mais la jurisprudence y a aussi rattaché des activités non rémunérées significatives (participer à l'exploitation familiale, tenir la boutique d'un proche, animer une activité associative soutenue).

Si votre état vous permet certaines activités, la seule voie sûre est de les faire mentionner expressément par votre médecin sur l'arrêt ou dans un certificat.

Ce que vous risquez

  • Côté CPAM : en cas d'activité non autorisée constatée (contrôle, signalement, voire réseaux sociaux), la caisse peut exiger le remboursement des indemnités journalières versées sur la période, et prononcer une pénalité financière ; en cas de fraude caractérisée (arrêt de complaisance, travail dissimulé), des poursuites sont possibles.
  • Côté employeur : travailler pour un autre employeur ou pour votre propre compte pendant l'arrêt peut constituer un manquement à l'obligation de loyauté, surtout si l'activité concurrence l'entreprise ou lui cause un préjudice — jusqu'au licenciement pour faute. La jurisprudence exige toutefois que l'employeur démontre un préjudice réel : le seul fait d'avoir exercé une activité pendant l'arrêt ne suffit pas toujours. Ne comptez pas sur cette nuance : l'enjeu ne vaut jamais le risque.
  • Côté prévoyance : les contrats de prévoyance excluent généralement la garantie en cas d'activité non autorisée.

Et si c'est l'employeur qui vous fait travailler ?

C'est interdit dans l'autre sens aussi. Votre contrat est suspendu : l'employeur ne peut ni vous demander de travailler, ni accepter que vous travailliez, même « juste pour finir un dossier », même en télétravail. S'il le fait, il engage sa responsabilité (dommages-intérêts pour le salarié, risques vis-à-vis de l'URSSAF et de la CPAM) — et vous vous mettez en danger sur vos IJ. Refusez par écrit, poliment, en rappelant la suspension du contrat ; voyez la page ce que l'employeur peut faire pendant l'arrêt.

Bénévolat, loisirs, activités du quotidien

Tout n'est pas interdit. Les actes de la vie courante (courses, cuisine, promenade compatible avec votre état) ne posent pas de difficulté. Pour le reste, deux questions :

  1. Est-ce compatible avec votre état ? Une activité qui contredit le motif de l'arrêt (tournoi sportif pendant un arrêt pour lombalgie) peut être retenue contre vous, même non rémunérée.
  2. Est-ce une véritable activité ? Un engagement bénévole régulier et soutenu peut être qualifié d'activité non autorisée. Un coup de main ponctuel et léger, non. En zone grise, faites-le autoriser par votre médecin — c'est une ligne sur un certificat.

Plusieurs employeurs : le cumul d'emplois

Si vous avez deux emplois, l'arrêt de travail prescrit vaut en principe pour l'ensemble de vos activités salariées : vous ne pouvez pas être en arrêt chez l'un et continuer chez l'autre, sauf si le médecin et la caisse en décident autrement dans un cadre expressément prévu. Envoyez le volet employeur à chacun de vos employeurs, et les IJ sont calculées sur l'ensemble des salaires soumis à cotisations. Reprendre chez un seul des deux sans autorisation vous expose aux mêmes sanctions qu'un travail pendant l'arrêt.

À ne pas confondre avec le temps partiel thérapeutique, qui organise justement une reprise partielle autorisée — voir mi-temps thérapeutique.

Ce que dit la loi. L'article L.323-6 du Code de la sécurité sociale impose au salarié en arrêt, sous peine de restitution des indemnités journalières et de pénalité financière, de suivre les prescriptions du médecin, de se soumettre aux contrôles, de respecter les heures de sortie et de s'abstenir de toute activité non autorisée. Côté contrat de travail, l'exercice d'une activité pendant l'arrêt peut constituer un manquement à l'obligation de loyauté s'il cause un préjudice à l'employeur (jurisprudence constante de la Cour de cassation).

Puis-je faire du bénévolat pendant mon arrêt maladie ?

Ponctuellement et si c'est compatible avec votre état, en principe oui — mais un engagement régulier et soutenu peut être qualifié d'activité non autorisée par la CPAM. Le réflexe sûr : faire mentionner l'activité par votre médecin.

Que se passe-t-il si la CPAM découvre que j'ai travaillé ?

Remboursement des indemnités journalières de la période concernée, pénalité financière possible, et poursuites en cas de fraude caractérisée. Votre employeur peut en outre invoquer un manquement à la loyauté si l'activité lui a causé un préjudice.

Mon employeur me demande de répondre à mes mails pendant l'arrêt : suis-je obligé ?

Non. Le contrat est suspendu : aucune prestation de travail ne peut vous être demandée, pas même à distance. Répondez par écrit que vous reprendrez le dossier à votre retour et conservez la demande.

J'ai deux employeurs : l'arrêt s'applique-t-il aux deux ?

Oui, en principe. Adressez le volet 3 à chacun d'eux ; vous ne pouvez pas poursuivre l'un des deux emplois pendant l'arrêt sans autorisation. Les IJ tiennent compte de l'ensemble de vos salaires.

Pour aller plus loin

Qui peut vous accompagner dans cette situation

Aucune de ces démarches ne se fait seul. Selon ce que vous cherchez — un avis médical, une aide sociale, un appui dans l'entreprise ou un conseil juridique — voici à qui vous adresser.

  • Le médecin du travail — à votre demande, à tout moment, sans que l'employeur en connaisse le motif. Il est le seul à pouvoir proposer des aménagements ou constater une inaptitude. Trouver votre service.
  • Votre médecin traitant — il prescrit l'arrêt, le temps partiel thérapeutique et peut demander la visite de pré-reprise.
  • L'assistante sociale — celle de la CARSAT, de votre service de santé au travail ou de l'entreprise : ressources pendant l'arrêt, dossiers CPAM, invalidité, maintien en emploi.
  • Cap emploi et la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle — pour garder ou retrouver un emploi compatible avec votre santé (RQTH, aménagements, reconversion).
  • Les représentants du personnel (CSE) et les syndicats — un appui dans l'entreprise, et un défenseur syndical peut vous assister gratuitement devant le conseil de prud'hommes.
  • L'inspection du travail — pour signaler un manquement de l'employeur (visite non organisée, restrictions ignorées, danger).
  • Un avocat en droit du travail — pour contester un avis, un licenciement ou un solde de tout compte. Une première consultation gratuite existe dans les maisons de justice et du droit et dans de nombreux barreaux ; l'aide juridictionnelle peut prendre en charge les honoraires.