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Pendant votre arrêt maladie, votre contrat de travail est suspendu : vous n'avez plus à travailler, l'employeur n'a plus à vous fournir de travail ni à vous verser votre salaire (il verse, le cas échéant, un complément aux indemnités journalières). Mais la suspension ne coupe pas tout lien. Voici ce que l'employeur peut faire, et ce qu'il ne peut pas.

Ce que l'employeur peut faire

Vous contacter — dans certaines limites

L'employeur peut vous joindre ponctuellement pour des questions pratiques : restituer un badge, indiquer où se trouve un dossier, transmettre des documents (attestation de salaire, mutuelle). Ce contact doit rester bref, exceptionnel et ne pas ressembler à du travail. Vous demander de traiter des courriels, d'assister à des réunions ou de « dépanner à distance », c'est vous faire travailler pendant la suspension du contrat — et c'est interdit. Si les sollicitations se répètent, gardez-en la trace écrite.

Organiser une contre-visite médicale

Si l'employeur vous verse un complément de salaire, il peut mandater un médecin pour vérifier que l'arrêt est justifié. En cas d'absence injustifiée du domicile ou d'avis concluant que l'arrêt n'est pas fondé, il peut cesser de verser le complément — mais pas toucher à vos indemnités journalières, qui relèvent de la CPAM. Le détail est sur la page contre-visite médicale.

Vous remplacer temporairement

L'employeur peut embaucher un salarié en CDD ou un intérimaire pour vous remplacer pendant votre absence : c'est un motif légal de recours au CDD (article L.1242-2 du Code du travail). Ce remplacement est par nature temporaire : votre poste vous revient à la reprise.

Vous licencier — mais jamais à cause de la maladie

L'arrêt maladie ne bloque pas tout licenciement. L'employeur peut rompre le contrat pour un motif étranger à la maladie : faute commise avant l'arrêt, motif économique, ou — cas très encadré — une absence prolongée ou des absences répétées qui désorganisent l'entreprise et rendent nécessaire un remplacement définitif. En revanche, licencier un salarié parce qu'il est malade est discriminatoire et le licenciement est nul. Tous les détails sur la page licenciement pendant l'arrêt.

Être informé de la visite de pré-reprise

Depuis le décret 2026-503, l'employeur est informé de l'organisation de la visite de pré-reprise lorsqu'elle est mise en place, sauf si vous vous y opposez. Cette visite, possible pendant l'arrêt, sert à préparer votre retour (aménagement de poste, reclassement, formation) ; elle ne déclenche pas la reprise et l'employeur n'a pas accès à son contenu médical. Voir aussi notre article sur le décret 2026-503.

Proposer un rendez-vous de liaison

Pour un arrêt de plus de 30 jours, un rendez-vous de liaison peut être organisé entre vous et l'employeur, avec l'association du service de prévention et de santé au travail (article L.1226-1-3 du Code du travail). Ce n'est pas un rendez-vous médical ni une reprise : il sert à garder le lien et à vous informer (pré-reprise, aménagements possibles). Vous pouvez le refuser sans aucune conséquence, ou le demander vous-même avec notre modèle de courrier.

Ce que l'employeur ne peut pas faire

  • Vous sanctionner pour l'arrêt lui-même. Être en arrêt maladie prescrit n'est ni une faute ni un abandon de poste. Toute sanction fondée sur l'état de santé est discriminatoire.
  • Exiger le motif médical. Le volet de l'arrêt destiné à l'employeur ne mentionne pas le motif : il est couvert par le secret médical. L'employeur ne peut exiger ni diagnostic, ni pathologie, ni « certificat détaillé ».
  • Vous faire travailler. Ni sur site, ni en télétravail, ni « juste un mail ». Un employeur qui fait travailler un salarié en arrêt s'expose à devoir réparer le préjudice — et vous met en difficulté vis-à-vis de la CPAM (voir travailler pendant un arrêt).
  • Vous imposer une visite médicale de reprise anticipée ou des congés pour « couvrir » l'arrêt : l'arrêt maladie n'est pas un congé.

Les délais à connaître

  • 48 heures pour envoyer le volet 3 de votre arrêt à l'employeur.
  • 30 jours d'arrêt : le rendez-vous de liaison devient possible.
  • Arrêt de plus de 60 jours : la visite de reprise est obligatoire au retour, organisée par l'employeur dans les 8 jours de la reprise.

En cas d'abus : les recours

Si l'employeur vous fait travailler, vous harcèle de sollicitations, vous sanctionne ou vous licencie en raison de la maladie : rassemblez les écrits (courriels, SMS, courriers), signalez la situation par écrit, et faites-vous accompagner. Le conseil de prud'hommes peut annuler une sanction ou un licenciement discriminatoire et accorder des dommages-intérêts. Un avocat en droit du travail peut évaluer votre dossier avant toute démarche.

Ce que dit la loi. L'article L.1132-1 du Code du travail interdit toute sanction ou tout licenciement en raison de l'état de santé. L'article L.1226-1-3 prévoit le rendez-vous de liaison pendant les arrêts longs. L'article L.1242-2 autorise le CDD de remplacement. Pendant la suspension du contrat, le salarié est dispensé de toute prestation de travail.

L'employeur peut-il m'appeler pendant mon arrêt maladie ?

Oui, ponctuellement, pour des questions pratiques (documents, restitution de matériel). Non s'il s'agit de vous faire travailler ou si les appels deviennent répétés et insistants : gardez une trace écrite et rappelez que votre contrat est suspendu.

Mon employeur peut-il connaître ma maladie ?

Non. Le motif médical de l'arrêt est couvert par le secret médical : le volet transmis à l'employeur ne le mentionne pas et il ne peut pas l'exiger. Seul le médecin du travail apprécie l'aptitude, sans révéler le diagnostic.

Mon poste peut-il être donné à quelqu'un d'autre ?

Temporairement, oui : CDD ou intérim de remplacement. Définitivement, seulement dans le cadre très encadré du licenciement pour absence prolongée désorganisant l'entreprise — sinon, votre poste (ou un poste équivalent) vous revient à la reprise.

Suis-je obligé d'accepter le rendez-vous de liaison ?

Non. Il ne peut pas vous être imposé et aucun refus ne peut vous être reproché. C'est un outil de maintien du lien, utile surtout pour les arrêts longs si vous anticipez un retour difficile.

Pour aller plus loin

Qui peut vous accompagner dans cette situation

Aucune de ces démarches ne se fait seul. Selon ce que vous cherchez — un avis médical, une aide sociale, un appui dans l'entreprise ou un conseil juridique — voici à qui vous adresser.

  • Le médecin du travail — à votre demande, à tout moment, sans que l'employeur en connaisse le motif. Il est le seul à pouvoir proposer des aménagements ou constater une inaptitude. Trouver votre service.
  • Votre médecin traitant — il prescrit l'arrêt, le temps partiel thérapeutique et peut demander la visite de pré-reprise.
  • L'assistante sociale — celle de la CARSAT, de votre service de santé au travail ou de l'entreprise : ressources pendant l'arrêt, dossiers CPAM, invalidité, maintien en emploi.
  • Cap emploi et la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle — pour garder ou retrouver un emploi compatible avec votre santé (RQTH, aménagements, reconversion).
  • Les représentants du personnel (CSE) et les syndicats — un appui dans l'entreprise, et un défenseur syndical peut vous assister gratuitement devant le conseil de prud'hommes.
  • L'inspection du travail — pour signaler un manquement de l'employeur (visite non organisée, restrictions ignorées, danger).
  • Un avocat en droit du travail — pour contester un avis, un licenciement ou un solde de tout compte. Une première consultation gratuite existe dans les maisons de justice et du droit et dans de nombreux barreaux ; l'aide juridictionnelle peut prendre en charge les honoraires.