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Ce qui se passe concrètement

Après votre avis d'inaptitude, l'employeur vous propose un poste de reclassement. Vous n'êtes pas obligé de l'accepter : le refus d'un poste de reclassement n'est pas une faute. Il est même parfaitement légitime dans deux cas :

  • le poste emporte une modification de votre contrat de travail : baisse de rémunération, changement de qualification, passage à temps partiel, mutation au-delà de votre secteur géographique. Une modification du contrat exige votre accord, inaptitude ou pas ;
  • le poste n'est pas conforme aux préconisations du médecin du travail : port de charges maintenu malgré une restriction, horaires incompatibles, station debout prolongée. Un poste non conforme n'est pas un vrai reclassement.

Refusez par écrit, en motivant précisément : « le poste proposé entraîne une baisse de rémunération de X € » ou « le poste comporte [tâche] contraire aux préconisations du médecin du travail du [date] ». Un modèle est à votre disposition : lettre de refus d'un poste de reclassement.

Ce que votre refus déclenche

Votre refus ne met pas fin à la procédure. L'employeur doit en tirer les conséquences :

  • proposer un autre poste s'il en existe, toujours conforme aux préconisations et après consultation du CSE ;
  • ou engager le licenciement pour inaptitude s'il démontre qu'aucun autre reclassement n'est possible.

Point clé depuis l'automne 2025 : si vous contestez la compatibilité du poste proposé avec les préconisations du médecin du travail, l'employeur ne peut pas trancher lui-même. Il lui appartient de solliciter à nouveau le médecin du travail pour qu'il se prononce sur cette compatibilité (Cass. soc. 22 octobre 2025, n° 24-14.641). Un employeur qui passe outre et vous licencie sans ce nouvel avis fragilise son licenciement. Écrivez donc noir sur blanc que vous « contestez la compatibilité du poste avec les préconisations » : cette phrase déclenche l'obligation.

Le montant : ce que coûte un refus abusif

Le droit de refuser a une limite, en cas d'inaptitude d'origine professionnelle : l'article L.1226-14 prive le salarié de l'indemnité spéciale doublée et de l'indemnité compensatrice égale au préavis en cas de refus abusif d'un poste de reclassement approprié, comparable à l'emploi précédent et conforme aux préconisations, proposé dans les règles.

Concrètement, refuser sans motif sérieux un poste identique au vôtre, adapté par le médecin, sans perte de salaire ni déclassement, peut être qualifié d'abusif : vous conservez alors l'indemnité légale simple, mais perdez le doublement et l'équivalent du préavis — souvent plusieurs mois de salaire. C'est à l'employeur de prouver le caractère abusif du refus, mais ne lui facilitez pas la tâche : un refus motivé par une modification du contrat ou une non-conformité médicale n'est jamais abusif.

En inaptitude non professionnelle, le refus n'entraîne pas de perte d'indemnité : il conduit simplement l'employeur à poursuivre la recherche ou à licencier, avec l'indemnité légale ou conventionnelle habituelle.

Le délai

Aucun texte ne vous impose un délai précis pour répondre à une proposition de reclassement — mais ne laissez pas traîner : un silence prolongé peut être interprété comme un refus et, surtout, la procédure suit son cours. Rappel utile : un mois après l'avis d'inaptitude, si vous n'êtes ni reclassé ni licencié, l'employeur doit reprendre le versement du salaire (voir le mois et la reprise du salaire). Certains employeurs multiplient les propositions pour gagner du temps sans payer : la reprise du salaire au bout d'un mois n'attend pas la fin des allers-retours.

Le recours

  • Vous estimez le poste non conforme et l'employeur refuse de resolliciter le médecin : gardez la trace écrite de votre contestation ; en cas de licenciement, elle nourrira le dossier prud'homal (12 mois pour contester la rupture, L.1471-1).
  • L'employeur vous a licencié en qualifiant votre refus d'abusif : contestez la qualification — la charge de la preuve lui incombe, et le doublement se joue là. Chiffrez l'enjeu avec le calculateur d'indemnités d'inaptitude.
  • Vous voulez contester l'avis d'inaptitude lui-même ou ses préconisations : 15 jours devant le conseil de prud'hommes (L.4624-7) — voir contester l'avis.

Ce que dit la loi. L'emploi de reclassement doit être « approprié à ses capacités » et « aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé », conforme aux préconisations du médecin du travail (L.1226-2, L.1226-10). En cas d'inaptitude d'origine professionnelle, les indemnités majorées de L.1226-14 ne sont pas dues « en cas de refus abusif » d'un tel poste. Et lorsque le salarié conteste la compatibilité du poste proposé avec les préconisations, il appartient à l'employeur de solliciter à nouveau l'avis du médecin du travail (Cass. soc. 22 octobre 2025, n° 24-14.641).

FAQ

Refuser un poste de reclassement est-il une faute ?

Non. Le refus n'est ni une faute ni une démission. Il oblige l'employeur à poursuivre : autre proposition ou licenciement pour inaptitude avec les indemnités correspondantes. Seul le refus abusif d'un poste conforme, en inaptitude professionnelle, a un coût : la perte des indemnités majorées.

Le poste proposé est au même salaire mais à 40 km : puis-je refuser ?

Si la mutation dépasse votre secteur géographique habituel ou contrevient à une clause de votre contrat, c'est une modification du contrat : votre refus est légitime. À l'intérieur du même secteur, le refus reste possible mais son caractère légitime se discute — motivez-le (temps de trajet incompatible avec les préconisations, par exemple).

Qui décide si le poste est compatible avec ma santé ?

Le médecin du travail, pas l'employeur. Si vous contestez la compatibilité, l'employeur doit le solliciter à nouveau (Cass. soc. 22 octobre 2025, n° 24-14.641). Vous pouvez aussi demander vous-même une visite à la demande.

Puis-je refuser plusieurs postes de suite ?

Oui, tant que chaque refus est fondé (modification du contrat, non-conformité). Mais une accumulation de refus de postes conformes, en inaptitude professionnelle, augmente le risque de qualification d'abus. Chaque refus doit être écrit et motivé.

L'employeur peut-il me licencier immédiatement après mon refus ?

Il doit d'abord avoir épuisé les possibilités de reclassement et consulté le CSE. Un licenciement expédié juste après un premier refus, sans examen d'autres postes ni nouvel avis du médecin en cas de contestation, est fragile — voir les irrégularités du licenciement pour inaptitude.

Pour aller plus loin

Qui peut vous accompagner dans cette situation

Aucune de ces démarches ne se fait seul. Selon ce que vous cherchez — un avis médical, une aide sociale, un appui dans l'entreprise ou un conseil juridique — voici à qui vous adresser.

  • Le médecin du travail — à votre demande, à tout moment, sans que l'employeur en connaisse le motif. Il est le seul à pouvoir proposer des aménagements ou constater une inaptitude. Trouver votre service.
  • Votre médecin traitant — il prescrit l'arrêt, le temps partiel thérapeutique et peut demander la visite de pré-reprise.
  • L'assistante sociale — celle de la CARSAT, de votre service de santé au travail ou de l'entreprise : ressources pendant l'arrêt, dossiers CPAM, invalidité, maintien en emploi.
  • Cap emploi et la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle — pour garder ou retrouver un emploi compatible avec votre santé (RQTH, aménagements, reconversion).
  • Les représentants du personnel (CSE) et les syndicats — un appui dans l'entreprise, et un défenseur syndical peut vous assister gratuitement devant le conseil de prud'hommes.
  • L'inspection du travail — pour signaler un manquement de l'employeur (visite non organisée, restrictions ignorées, danger).
  • Un avocat en droit du travail — pour contester un avis, un licenciement ou un solde de tout compte. Une première consultation gratuite existe dans les maisons de justice et du droit et dans de nombreux barreaux ; l'aide juridictionnelle peut prendre en charge les honoraires.