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Un arrêt maladie en pleine période d'essai inquiète doublement : pour la santé et pour l'emploi. Voici précisément ce que devient votre essai, ce que l'employeur peut faire — et la ligne rouge qu'il ne peut pas franchir.
L'essai est suspendu, puis prolongé d'autant
La période d'essai sert à évaluer vos compétences en situation de travail. Quand l'arrêt maladie suspend le contrat, cette évaluation devient impossible : l'essai est donc suspendu pendant l'arrêt, et il est prolongé d'une durée égale à celle de l'absence (règle jurisprudentielle constante).
Concrètement : essai de 2 mois débuté le 1er mars, arrêt maladie de 10 jours en avril → l'essai s'achève 10 jours plus tard que prévu. La prolongation se décompte en jours calendaires, comme l'essai lui-même, et s'applique automatiquement, sans avenant ni formalité.
Vos obligations pendant l'arrêt sont les mêmes que pour tout salarié : envoi de l'arrêt sous 48 heures, heures de présence, contrôles possibles. Côté indemnisation, les IJ de la Sécurité sociale sont dues dans les conditions habituelles ; le complément employeur, lui, suppose 1 an d'ancienneté — rare en période d'essai (voir vos indemnités).
L'employeur peut-il rompre l'essai pendant l'arrêt ?
Oui, sur le principe. La rupture de la période d'essai est libre : elle n'a pas à être motivée et peut intervenir pendant un arrêt maladie, en respectant le délai de prévenance.
Non, si la vraie raison est votre santé. Une rupture d'essai fondée sur la maladie — même en partie — est discriminatoire et nulle (article L.1132-1 du Code du travail). Les indices qui comptent : une rupture notifiée juste après l'annonce de l'arrêt alors que rien n'était reproché avant, des remarques sur vos absences, un remplacement immédiat sur le même profil. La chronologie et les écrits (courriels, SMS) font la preuve : conservez tout.
Cas particulier : si l'arrêt fait suite à un accident du travail survenu pendant l'essai, la protection renforcée des arrêts d'origine professionnelle s'applique aussi à la rupture d'essai : pendant l'arrêt, elle n'est possible qu'en cas de faute grave ou d'impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l'accident (article L.1226-9 du Code du travail).
Et si c'est vous qui voulez partir ?
Vous pouvez rompre l'essai pendant votre arrêt, avec le délai de prévenance de 48 heures maximum à votre charge. Réfléchissez toutefois au calendrier : une démission d'essai pendant un arrêt vous prive de l'éventuelle suite (visite de reprise, aménagement) et n'ouvre en principe pas droit au chômage.
À la reprise
L'essai reprend là où il s'était arrêté. Si l'arrêt a dépassé 60 jours, une visite de reprise est obligatoire — période d'essai ou pas. Si votre état justifie des aménagements, parlez-en au médecin du travail : même pendant l'essai, l'employeur est tenu de prendre en considération ses préconisations et de motiver par écrit tout refus (article L.4624-6).
Ce que dit la loi. La période d'essai (articles L.1221-19 et suivants du Code du travail) s'apprécie en travail effectif : la jurisprudence constante de la Cour de cassation juge qu'elle est suspendue par l'arrêt maladie et prolongée d'une durée égale à l'absence. L'article L.1132-1 interdit toute rupture d'essai en raison de l'état de santé, à peine de nullité. En cas d'arrêt d'origine professionnelle, l'article L.1226-9 limite la rupture à la faute grave ou à l'impossibilité de maintenir le contrat.
Mon essai est-il annulé si je tombe malade ?
Non, ni annulé ni validé : il est mis en pause. À votre retour, il reprend pour la durée restante, décalée d'autant de jours que votre absence.
L'employeur peut-il rompre mon essai le jour où j'envoie mon arrêt ?
Il peut rompre l'essai à tout moment, mais une rupture qui coïncide avec l'annonce de l'arrêt, sans aucun reproche antérieur, laisse présumer une discrimination liée à la santé. La rupture serait alors nulle : consultez rapidement, en conservant tous les échanges.
La prolongation de l'essai doit-elle être formalisée par écrit ?
Non. Elle est automatique et se calcule jour pour jour sur la durée de l'absence. Un courriel de l'employeur rappelant la nouvelle date de fin d'essai est une simple information, pas une condition.
Ai-je droit au maintien de salaire pendant un arrêt en période d'essai ?
Aux indemnités journalières de la CPAM, oui (sous conditions d'ouverture des droits). Au complément employeur, rarement : la mensualisation légale exige 1 an d'ancienneté. Vérifiez votre convention collective, parfois plus favorable.
Pour aller plus loin
- Ce que l'employeur peut faire pendant l'arrêt
- Licenciement pendant l'arrêt maladie
- Vos indemnités pendant l'arrêt
- Sorties autorisées
- Hub arrêt maladie
Qui peut vous accompagner dans cette situation
Aucune de ces démarches ne se fait seul. Selon ce que vous cherchez — un avis médical, une aide sociale, un appui dans l'entreprise ou un conseil juridique — voici à qui vous adresser.
- Le médecin du travail — à votre demande, à tout moment, sans que l'employeur en connaisse le motif. Il est le seul à pouvoir proposer des aménagements ou constater une inaptitude. Trouver votre service.
- Votre médecin traitant — il prescrit l'arrêt, le temps partiel thérapeutique et peut demander la visite de pré-reprise.
- L'assistante sociale — celle de la CARSAT, de votre service de santé au travail ou de l'entreprise : ressources pendant l'arrêt, dossiers CPAM, invalidité, maintien en emploi.
- Cap emploi et la cellule de prévention de la désinsertion professionnelle — pour garder ou retrouver un emploi compatible avec votre santé (RQTH, aménagements, reconversion).
- Les représentants du personnel (CSE) et les syndicats — un appui dans l'entreprise, et un défenseur syndical peut vous assister gratuitement devant le conseil de prud'hommes.
- L'inspection du travail — pour signaler un manquement de l'employeur (visite non organisée, restrictions ignorées, danger).
- Un avocat en droit du travail — pour contester un avis, un licenciement ou un solde de tout compte. Une première consultation gratuite existe dans les maisons de justice et du droit et dans de nombreux barreaux ; l'aide juridictionnelle peut prendre en charge les honoraires.